Chaque matin..
Chaque matin c'est pareil,
Je me réveille avec le vide.
Chaque matin je réalise qu'elle n'est plus là,
Que mon ventre n'est plus rond,
Que je ne la verrai plus jamais,
Que toute cette horreur est réelle.
Chaque matin j'essaie de me souvenir,
Me souvenir de mes rêves de la nuit,
Et cette nuit, c'est horrible, mais mon rêve,
Mon rêve avait intégré sa disparition.
Dans mon rêve je croisais une personne prétentieuse,
Une personne à qui tout réussit et qui me dédaignait,
Je lui disais qu'elle croyait m'être supérieure,
Mais qu'elle se trompait, qu'elle aurait elle aussi une faiblesse.
Cette personne ne me croyait pas,
Alors dans mon rêve je lui souhaitais mon parcours,
C'était méchant, mais je lui souhaitais
Je lui souhaitais de comprendre qu'on ne contrôle pas tout.
Je souhaitais du mal à cette personne pour qui tout va bien,
Je lui souhaitais la PMA, les piqures et le reste,
Et en me réveillant j'ai eu honte, mais pas complètement,
Parce que des personnes comme ça existent.
Parce que des personnes comme ça,
Ne connaissent pas le prix de leur bonheur,
Et se permettent de prendre de haut les autres,
Il parait que ces sentiments de jalousie sont naturels.
Mais naturels ou pas, ces sentiments là je n'en veux pas,
Ces sentiments ne sont pas moi,
Je ne veux pas haïr les gens pour leur bonheur,
Ça ne me donnera rien, je refuse la colère et l'aigreur.
La vie est injuste certes, mais ce n'est pas leur faute à elles,
Ce n'est pas la faute à celles qui ignorent la douleur,
Je veux qu'elles profitent de ce qu'elles ont,
Et qu'elles ne nous rejoignent surtout pas.
Que la vie continue à les épargner,
Nous sommes assez nombreuses,
Dans le monde triste de l'infertilité,
Et dans celui des mamanges.
Comme chaque matin j'ai cherché un signe de ma fille,
Un signe dans mon rêve,
Comme chaque matin il n'y en avait aucun,
Comme chaque matin j'ai pleuré dans mon lit.
Comme chaque matin tout me revient,
Comme chaque matin je n'ai plus mon beau ventre rond,
Comme chaque matin ma fille est dans une tombe,
Et elle a emporté avec elle toute la joie du monde.
On me dit qu'on est jeunes, qu'on en aura d'autres,
Mais elle on ne l'aura plus jamais,
Et c'est elle que je veux, ma Rose, ma merveille,
On en aura d'autres, mais elle nous reste interdite.
Et chaque matin je me demande,
Est ce qu'on en aura vraiment d'autres?
Est-ce que ça marchera encore?
Est-ce que les petites graines congelées vont germer...
Est-ce qu'un jour je serai de nouveau enceinte?
Ça me taraude tant que si je trouvais une vraie voyante,
Je la séquestrerai pour qu'elle me dise que tout se passera bien,
J'ai besoin d'espoir, mais aussi d'avoir confiance en l'avenir.
Quand j'attendais ma Rose, j'avais déjà peur,
C'était trop beau de l'attendre enfin,
Il allait forcément nous tomber une tuile,
Le coup de vent amenant la tuile a été violent.
En effet c'était trop beau,
Et le bureau des bébés s'en est aperçu,
Ils ont corrigé ce qu'ils ont estimé être une erreur,
Ils m'ont repris ma toute petite fleur.
On a toujours dû payer cher nos bonheurs,
Ça ne change pas, et là, le prix est abominable,
Le bonheur a intérêt à suivre avec autant d'intensité,
Déjà qu'il sera entaché par son absence.
Une famille c'est un luxe, au prochain enfant,
Je ne tergiverserai pas: congé parental,
Je profiterai au maximum de chaque enfant qui me sera donné,
Mon boulot pourra attendre, ma maternité, non.
On a payé comptant pour le reste de nos jours je crois,
Et comme chaque matin, le prix des larmes est horrible.
PS : la personne dans mon rêve n'existe pas dans le réel , ou alors je ne la connais pas...