blues énervé...
Chaque matin, je me lève toujours avec l'espoir fou que ta disparition n'ait été qu'un horrible cauchemar.
Mais il n'en est rien.
Le temps passe, on fait renaître l'espoir, je crois que notre entourage est passé à autre chose...
Mais il n'en est rien pour moi.
Au détour d'un détail, d'une lumière, d'un bruit, de mots, je te cherche encore. Ils ont tous admis ta mort.
Mais il n'en est rien pour moi. Cela ne se peut....
Dans mon ventre pousse l'espoir d'un second enfant. S'il arrive vivant, je sais qu'ils te remplaceront par celui-ci, ils en profiteront pour t'oublier, oublier ce que tu représentes, la mort inacceptable d'un bébé. C'est si inconfortable d'admettre au quotidien que cela existe. Ils t'oublieront.
Mais il n'en sera rien pour moi.
J'attends peut-être mon deuxième enfant, on ne demande pas aux autres parents d'abandonner leur premier enfant au bénéfice du second.
Il en sera de même pour moi.
Mes proches sont prudents avec cette grossesse et moi aussi. Ils sont plus rationnels que moi parfois. Moi je suis terrorisée. Heureuse de porter à nouveau la vie, terrorisée à l'idée d'en perdre une autre.
A coup sûr ce serait ma raison qui s'en irait cette fois-ci.
Le Deuil
Lorsque j'ai repris le travail on me disait " tant mieux ça va te faire du bien de retravailler". Ils ne comprennent pas...
Ils ne comprennent pas que j'avance petit pas par petit pas. Le travail détourne mon attention, il ne me console pas.
Ils ne comprennent pas que je ne suis pas consolable.
Ils n'admettent pas qu'une partie de moi est morte avec toi. Ils ne comprennent pas que je ne suis pas un Phoenix, que les cendres de mon innocence gisent avec toi.
Tu n'es pas un chagrin d'amour que l'on soigne, tu es un manque perpétuel. Le manque de toi est ma prison et j'ai pris perpète...
Parce que je ne cesserai jamais d'être ta maman, et tu ne cesseras jamais d'être ma fille.
J'aurai d'autres enfants que j'espère vivants et en bonne santé. Mais lorsqu'on m'en demandera le nombre, je te compterai toujours dedans. Ma petite fille dans les étoiles.
En attendant j'aimerais qu'on arrête de vouloir penser à ma place. C'est moi la maman qui t'ai perdue, les autres sont à mille lieues de pouvoir comprendre ce que je ressens, même les plus proches.
On me parle de faire mon deuil. C'est un type de deuil unique, qu'on ne peut pas terminer, auquel on doit s'habituer.
Faire son deuil c'est accepter. Je ne peux pas accepter l'inacceptable.
Faire son deuil c'est accepter d'oublier, j'ai le devoir de ne pas t'oublier.
Faire son deuil c'est se réveiller un jour et se dire que les choses sont bien telles qu'elles sont....je ne pourrai jamais me dire que les choses sont bien quand un de mes enfants manque à mon foyer.
Faire mon deuil serait te tuer, je ne le veux pas.
Le manque de ma petite fille est l'ombre qui m'accompagne en permanence. C'est l'ombre qui se tapit derrière mes sourires, derrière chaque moment où je porte ce foutu masque qui rassure les autres.
Parce que si je ne protégeais pas mon entourage de ce qui me tourmente en permanence, ce serait trop violent pour eux. Parce que si je porte ce masque, je canalise mes tourments.
Mais cela ne sera jamais qu'un masque.
Une façade sociale, une autre façon de protéger les autres comme je l'ai toujours fait. Autrefois je prenais toujours sur moi de leur trouver des excuses à chaque vexation. Maintenant je ne peux que les protéger de la violence de mon chagrin. Je ne m'encombre plus de la bêtise de ceux qui m'agressent. Plus de tolérance ni de patience, TERMINE, j'ai trop lourd à porter. J'ai appris à dire "merde". La place pour retenir ce mot est prise par tout un tas de choses bien pires.
La Culpabilisation
Une chose pesante est que certains n'acceptent pas le fait que ta mort n'ait pas d'explication. Alors ils le font, inconsciemment, mais ils le font ce chemin...sans même s'en rendre compte...
Ils s’improvisent médecin au nom des 15 épisodes de Dr House et des 50 de ER qu'ils ont vus, au nom des histoires de bonne femme dont ils ont été bercés dans leur village....ils le font ils croient pouvoir poser un diagnostic.
Et là ils me posent des questions sur ce que j'ai pu faire ou ne pas faire et qui au final aurait tué ma fille.
Ils me demandent comment je l'ai tuée....
C'est insidieux, ils ne s'en rendent même pas compte, mais s'il n'y pas d'explication il leur faut une coupable et ça ne peut-être que moi....
Même si (et c'est fou d'avoir à le rappeler) JE N'AI PAS TUE MA FILLE.
Nous sommes en plein dans cette phase où cette culpabilisation facile nous tombe dessus. Qu'est-ce que cela va donner avec un enfant vivant? Va t'on me demander de prouver à chaque instant que je ne le mets pas en danger de mort puisque pour eux l'absence d'explication à la disparition de MA fille fait de moi une mauvaise mère...une meurtrière par négligence...
Une fois que le raccourci est fait c'est fichu.
Avec ceux-ci je m'aperçois à l'instant que c'est foutu d'avance, je vais devoir en faire le tri. Je ne peux pas m'encombrer de la culpabilisation des autres. J'ai assez à faire de la mienne. Celle que j'ai d'avoir été impuissante face à un danger que je ne pouvais pas prévoir, et que je ne peux toujours pas identifier...
Là où je vais m'assoir dessus....
Le jour où j'aurai un autre enfant on va y aller de son petit conseil pour me culpabiliser car je serai encore une mauvaise mère si je fais peser le poids de ta mort sur un autre enfant. Je ne suis pas stupide, je ne risquerai pas de faire ça. Mais le monde extérieur voudra m'en accuser dès que je te ferai exister à ma façon, sans mensonge, sans petites abeilles qui butinent les fleurs. Parce que ma façon de considérer qu'on ne ment pas à un enfant et qu'on ne lui cache surtout pas un drame de son foyer n'est pas partagée par tous. Ma façon de considérer qu'on ne doit pas prendre un enfant pour un con en ne lui expliquant pas simplement la vie en ayant peur de traumatiser si on explique la réalité....ma façon de respecter l'intelligence d'un enfant n'est pas comprise de tous.
On vit dans un monde puritain...on voit ce que ça donne. La pudibonderie des parents fait que les enfants apprennent le mot "baiser" par les médias avant même qu'on leur ait expliqué sagement que les papas et les mamans ça fait l'amour...et les conséquences sont des ados qui ne se respectent même plus.
Enfin je divague.
Je sais qu'on va me saouler, en croyant pouvoir se permettre de me dire ce que j'ai le droit de faire ou de ne pas faire. En voulant me faire entrer dans des petites cases stupides qui ne respectent pas le rythme de mon foyer.
Ce sera encore une bataille, car on ne vit pas dans le même monde que nos proches.
Ce que je sais c'est qu'au prochain enfant, je le ferai dormir dans ma chambre si je veux, j'allaiterai le temps que je voudrai (et que je pourrai), je saurai dire "merde" (car ma fille me l'a appris), j'éduquerai mes enfants vivants comme je l'entends. Dans le respect de leur identité à eux, pas pour faire bien sur les apparences qui plaisent à l'intelligentsia.
L'expérience des autres mamans c'est bien, mais je n'ai pas eu besoin de celles-ci pour savoir comment choisir ton cercueil, ni pour savoir comment t'accueillir dans ta naissance-mort.
Les autres mamanges m'ont donné de précieux conseils, d'autres mamans également, mais en ayant bien conscience de ne pas détenir de vérité universelle.
J'aimerai qu'on laisse la même place à mon libre-arbitre avec un enfant vivant.
N'oubliez pas/ N'oubliez jamais : j'ai eu à prendre les pires décisions qu'une mère puisse avoir à prendre. J'ai su les prendre car mon cœur de maman a su m'aider à les prendre.
Alors la culpabilisation sur le comment bien faire parce que la mode elle dit que si on choisit tel ou tel article au lieu de tel autre on sera une mère déplorable...oubliez-ça très vite...et pensez à flageller la personne qui s'y risquera devant vous.
Si je veux des conseils, je saurai les demander.
Mon présent
Enfin en revenant à l'actualité, j'en suis à 5SG, premier trimestre, là où le risque de FC règne en maître, là où celui-ci s'ajoute à la peur primale de perdre un autre bébé. Là où chaque nausée est rassurante, là où j'attends de voir battre un cœur, avec en tête, l'image du gygy qui m'avait annoncé que celui de ma petite Rose des Etoiles ne battait plus.
On va rechercher ce petit cœur tout neuf dans le même cabinet, sur le même siège, dans les mêmes étriers, avec la même machine, et avec le même médecin.
La peur est intense. Si jamais ce petit cœur ne bat pas, il n'y aura plus de "gémellité" entre mes enfants. Il faudrait refaire alors un stock de brybrys tout neufs...
Si ce cœur ne bat pas, il y aura une FC et ce serait l'addition de m*****....MFIU+FC.
Mon espoir
J'espère grâce à ma colère. J'ai assez payé l'espoir de fonder une famille, là où tant d'autres font des enfants non désirés. J'ai assez souffert, j'ai besoin de positif.
Ce ne sera ni une "victoire" ni une "vengeance, ça ne me fera pas justice....mais de la justice il y en aura une petite part autrement, car la vie m'a tant pris, il faut qu'elle me rende un peu aussi....